Mais le retard de publication du décret d’application de cette mesure en repousse l’échéance. Dès lors, pourquoi ne pas profiter de ce sursis pour une session de rattrapage avant que le couperet législatif ne tombe ? D’autant plus que, de son côté, l’Europe devrait proposer d’ici août prochain une méthodologie com­mune, le PEF (Product Environmental Foot­print), destinée à harmoniser les indicateurs d’impact des produits et services pour l’hô­tellerie.

Quatre grands indicateurs

La loi sur la transition énergétique et la croissance verte (2017) stipule que les acteurs qui communiquent sur un quelconque aspect environnemental de leurs produits (allégation environnementale) doivent mettre à la dis­position des consommateurs l’ensemble de « leurs principales caractéristiques environ­nementales ». Pour l’hôtellerie, il s’agit de renseigner sur le coût environnemental d’une nuitée, petit-déjeuner inclus, calculé sur la base de quatre grands indicateurs: l’impact sur le climat, l’eau, les ressources énergétiques et les achats responsables, la méthodologie reposant sur le référentiel historique de l’Ademe.

Le cabinet de conseil et éditeur de logiciel FairMoove Solutions (ex-Betterfly Tourism) est un pionnier. En 10 ans, il a au­dité un millier d’établissements. Mi-janvier, il a annoncé l’évolution de son dispositif his­torique d’affichage environnemental qui adopte désormais un nom unique et lisible, le FairScore, noté de A+ à E-. Objectif : rendre la performance environnementale me­surable, comparable et visible, pour les pro­fessionnels et les voyageurs, à partir de don­nées vérifiées. Il repose sur une analyse de cycle de vie , des référentiels méthodologiques et historiques reconnus par l’Ademe, et une vérification systématique des données. « Le FairScore ne remplace pas les labels existants. Il leur redonne du sens en les replaçant dans un cadre de lecture commun, précise Hubert Vendeville, CEO de l’entreprise de conseils. Le secteur avance sur le sujet. Et l’affichage généralisé pourrait être mis en œuvre très rapidement », d’autant que sa mise en place génère une économie d’un euro par nuitée en moyenne.

Depuis quelques mois, les éta­blissements certifiés par son cabinet appa­raissent directement dans les résultats de recherche de Google Hotels et Google Maps, via le filtre « Éco-certifié ». « Être visible comme éco-certifié directement sur Google, c’est une reconnaissance de nos efforts et un vrai plus pour attirer des voyageurs sensibles à nos engagements », explique Solenne Devys, directrice d’Okko Hotels, le groupe ayant bénéficié de l’accompagnement de Fair­Moove Solutions.

Un accès facilité au financement

Outre la lutte contre le greenwashing et la transparence, de nouveaux enjeux se sont peu à peu précisés. Les critères ESG (Envi­ronnementaux, Sociaux et de Gouvernance) conditionnent de plus en plus l’accès au financement, le coût du capital et la confor­mité aux cadres réglementaires européens. Un actif hôtelier bien noté sur le plan envi­ronnemental bénéficie d’un accès facilité aux fonds bancaires ou d’investisseurs et d’une liquidité accrue sur le marché. « Des acteurs financiers comme les banques et les fonds d’investissement utilisent l’affichage environ­nemental comme un outil d’évaluation des actifs hôteliers. Un hôtel bien noté aura plus de chances de décrocher un prêt à taux bonifié, souligne Hubert Vendeville. Les indicateurs chiffrés peuvent alimenter le reporting RSE des entreprises ».

Clients corporate soumis à des politiques RSE, distributeurs touristiques attentifs aux notations extra-financières et talents en quête d’employeurs engagés influencent la performance commerciale des hôtels. Un établissement bien noté se remplit plus facilement, plus régulièrement, et parfois à de meilleures conditions, ce qui soutient durablement sa valeur.

Guy Gérault, directeur général associé de Brit Hotel Développement, confirme: « Sur certains appels d’offres, les donneurs d’ordre nous demandent des chiffres sur les consommations d’énergie et d’eau. Et ceci, avant même de proposer un prix ». La chaîne volontaire ambitionne, d’ici à la fin de l’année 2026, de déployer sur ses 180 hôtels indépendants l’affichage environnemental. Déjà 16 premières étiquettes avaient été finalisées et 26 étaient en cours en décembre 2025, alors que 10 autres établissements initiaient la démarche. « Pour les nouveaux adhérents, c’est dorénavant une obligation pour rejoindre notre réseau », ajoute-t-il.

Un secteur plus transparent et engagé

« Nous montrons que l’affichage environne­mental est possible, et que grâce à notre ex­pertise aux côtés des hôteliers depuis plus de 15 ans, nous arrivons à bâtir un secteur plus transparent et engagé », poursuit Hubert Vendeville. « Les données collectées auprès des établissements permettent d’effectuer des comparaisons, par exemple sur la moyenne d’utilisation du linge d’un hôtel à l’autre. C’est coup double, ces actions vont faire évoluer leur impact environnemental et réduire leurs consommations », abonde Guy Gérault. « Nous expliquons les notes à nos adhérents et regardons ce qui peut être fait pour amélio­rer les scores. Par exemple, un hôtelier s’est aperçu que, malgré la mise en place de pan­neaux photovoltaïques, sa consommation d’énergie n’avait pas vraiment baissé. Cela était dû à un défaut d’installation qui a donc été corrigé. Dans l’ensemble, tous nos adhé­rents font des retours positifs, même s’il faut reconnaître que c’est un travail supplémen­taire à effectuer », poursuit-il.

Pour faciliter les démarches, FairMoove Solutions met à la disposition des profession­nels une plateforme de reporting en ligne moyennant un abonnement. Les hôteliers y renseignent les items de consommation et fournissent des factures en guise de preuve. « Nous réalisons la certification sur la base des documents fournis. Cela peut être fait à distance », complète Hubert Vendeville.

Pour 7 de ses 8 établissements, le groupe hôtelier Ginto, accompagné par FairMoove Solutions, a bénéficié d’une méthodologie rigoureuse et opérationnelle : collecte et fia­bilisation des données, visites de sites, modélisation via la plateforme digitale et édition d’étiquettes environnementales indi­viduelles et consolidées pour l’ensemble du groupe. Chaque établissement dispose dés­ormais d’un plan d’action concret, chiffré et hiérarchisé comme l’installation d’équipe­ments hydro-économes, l’optimisation du lavage du linge, la transition vers des pro­duits d’entretien écolabellisés ou encore la mise en place de GTB (Gestion Technique du Bâtiment).

Transformer les données en leviers d’action

« L’affichage environnemental a été un révé­lateur, il nous a permis de mesurer objective­ment nos impacts et de transformer ces données en leviers d’action. Nos équipes se sont mobilisées autour d’un projet fédérateur, et nous savons désormais où concentrer nos efforts », témoigne Emmanuelle Pochat, di­rectrice Stratégie et RSE et co-fondatrice de Ginto. Car un bon niveau environnemental se traduit souvent par une réduction des charges d’exploitation, une meilleure maî­trise des coûts et une anticipation des inves­tissements futurs. Des éléments qui améliorent directement la rentabilité d’un établissement, facteur clé dans les méthodes de valorisation financière.